
Pour son œuvre Subway Bench (1976), l’artiste américain (basé à New York) Max Ginsburg fait un commentaire en disant : “There were times when the subway seemed like a dangerous place, especially for young women who were often preved upon”.
Et j’aimerais même aller plus loin en disant que ce n’est pas QUE dans les subways (métros) mais PARTOUT finalement. Il n’y a pas un endroit sur cette terre où une femme peut se sentir pleinement en sécurité et n’est pas une potentielle proie. Ce sentiment pesant où l’on marche tranquillement dans la rue et passe devant des garçons, des hommes qui se taisent à notre passage, nous suivent du regard, nous fixent, nous déshabillent avec leurs yeux. Ce malaise d’être reluquée comme un morceau de viande. N’importe où. En tout temps. Une violence passive en sommes.
Ne pas pouvoir marcher librement dans la rue, seule, le soir (ou même le jour), sans avoir à se soucier de sa sécurité. Ne pas pouvoir disposer sereinement des espaces publics, pouvant se faire accoster, importuner, aborder de manière déplacée, intempestive, malvenue, inopportune.
Dans un café, à l’hôtel, dans un parc, dans la rue, dans le train, à la gare, au musée, en boîte de nuit, etc. N’importe quel endroit banal est potentiellement dangereux. Exacerbé durant la nuit.
C’est cela la réalité d’une femme.
Pourquoi ne pourrais-je pas être maître de mon espace ? Pourquoi ne pourrais-je pas être maître de mes rues ? De ma ville ? Même la nuit lorsque les néons crient leurs couleurs vives et que les crissements de pneus déchirent le ciment ?
Même pas besoin d’aller s’engouffrer dans les bois pour rencontrer le “grand méchant loup”. Il suffit juste de regarder son voisin.
Sur le tableau, on ressent très clairement le malaise sur le visage de la femme avec sa tête légèrement inclinée vers le bas. Elle est entourée d’hommes menaçants : celui derrière elle qui se retourne pour l’observer et même celui à côté, bien qu’étant hors champ, a sa main qui dépasse de l’accoudoir, entrant de manière intrusive dans l’espace de la femme. Un coude, une main, finalement son espace est envahit par ces hommes sinon agresseurs du moins gênants.
C’est drôle comme la vie joue souvent en écho car j’ai écrit un poème sur ce sujet et juste après, je tombe « par hasard » sur cette œuvre de Max Ginsburg qui illustre vraiment bien ce que j’ai voulu transmettre à travers mon poème que voici :
Le morceau de viande
Tous ces yeux baveux
Je me sens rôtir sous leurs regards de braise
Ils me tournent et me retournent
Un beau morceau bien tendre, bien juteux
Qui met l’eau à la bouche
De la bonne chair fraîche
Parfois fine parfois plus épaisse
Parfois petite parfois grande
Rôtie, grillée, braisée, fumée
C’est une myriade de choix de diverses qualités
Ces bouts de viande tant appréciés
Tous ces yeux baveux
Ils auraient envie de me goûter
Ils auraient envie de me croquer
Bleue, saignante, bien cuite
Peu importe ce sont des bons mangeurs
Nous sommes à la merci de ces regards baveux
Et pourtant,
Sommes-nous pas simplement des femmes ?
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